A Raismes
La première soirée 2026 du cycle "Regard chrétien sur l'actualité", ce 9 février à la Maison du diocèse, est revenue sur la crise du Covid 19 -en 2020-, sujet du roman du réel (expression de l'éditeur) sélectionné pour le prix Goncourt, paru en décembre dernier, dont l'auteur, médecin-psychiatre dans le Valenciennois, a exercé en prison et en hôpital psychiatrique. Trois mois durant, il a tenu un journal de bord-boussole au plus près de son vécu et de celui de ses consoeurs et confrères soignants, dans la rue, en centre hospitalier ou à son cabinet. Une "plongée en apnée" dont la mission fut de protéger les vivants et prendre soin des morts. Jusqu'au bout.
Un langage guerrier, un imaginaire militaire
Les mots qui surgissent au coeur des urgences, en unités Covid ou en salles de réanimation sont ceux de chaos, brutalité, folie même. Alors que le soin et le prendre soin sont synonymes de rencontre, relation, échange. En France, le chef de l'Etat affirme que "nous sommes en guerre" mais en Allemagne ou en Hollande, on opte pour le moins violent "test pour l'humanité". "Oui, on a voulu faire peur, toucher notre affect, regrette David Deneufgermain. Dans le livre, il se donne de narrer "ce qui est vrai, (je n'ai) rien inventé", touché, à en pleurer parfois, par les confidences-souffrances-angoisses de ses frères et soeurs en humanité. Ebranlé de l'intérieur. "C'est la force de la littérature, elle commence là où les mots manquent, fournit quelque chose qui nous hisse au-delà de l'horreur, de l'insupportable. Ecrire, c'est mesurer la perte, comme le dit Martin Winckler".
Résister et s'indigner toujours
Dans l'assemblée, une infirmière a vécu la pandémie sanitaire "comme un sous-marin", une lectrice s'interroge sur le peu d'ouvrages post-Covid allant plus profond sur la nature humaine, au-delà des contributions scientifiques ou médicales. Un autre interroge : "Qu'a t-on retenu des guerres passées ? Où est la confiance, l'espérance, l'amour ?". David Deneufgermain revient sur la toilette faite aux morts : "Elle restitue la personne vivante que l'on a connue, elle est le dernier soin mais le premier rite. Nos gestes sont cadeau, ils disent beaucoup de ce que nous sommes".
L'autre, mon ami
La soirée s'achève, avec une belle leçon à retenir : l'autre n'est pas mon ennemi, c'est en chacun(e) que passe une ligne à franchir, nous devons éviter la confusion entre le "ce" (notre agir) et le "celles et ceux" que nous croisons car notre soif de collectif est profonde. Mon prochain n'est plus mon lointain.
Quelle bonne nouvelle à partager, merci, docteur, à l'heure où la santé mentale est, pour la deuxième année consécutive, reconnue comme "Grande cause nationale" par le gouvernement ...
Ph. C
*Marchialy, 262 p. 21€10
Présente à cette soirée, Céline Dereims, libraire indépendante du 11 av. Clémenceau, à Valenciennes, l'une des premiers soutiens de "L'adieu au visage". Le livre est disponible auprès de la quarantenaire installée en ... 2020. En pleine pandémie !
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